Témoignages de René MONTET, fils de Maurice MONTET
"Souvenirs" - Novembre 2006
Le 2/1/1996 nous rentrions de Thizy sur Lyon, après nos vœux aux Parents. Henri-Pierre sentant son grand-Père décliner, m’invita à entamer sans tarder des recherches pour dresser un Inventaire Artistique de son Œuvre. Je mesure aujourd’hui ma chance d’avoir suivi son conseil. L’inventaire est là (4300 photos) et passera à la postérité.
J’ignorais tout de mon Père. Je l’avais vu peindre, sa pipe et ses pinceaux en action, j’avais vécu dans l’odeur de la térébenthine, de l’huile de lin et de la peinture mais en définitive étranger à ce qui se passait. Et brutalement m’étaient révélés l’importance de son Œuvre, sa créativité, la trace qu’il avait laissée dans le cœur de ses admirateurs et amis.
Maurice MONTET ne fût pas un père traditionnel. Sévère, peu démonstratif, toujours tendu, un être difficile pour tout son entourage. Il était aussi extrêmement courageux pour défendre sa nombreuse famille en situation de précarité. Etre hors normes il avait son franc-parler dans la localité quand certaines décisions étaient prises. En fait, dans une période où les gens étaient « cadrés » personne ne savait trop comment situer MONTET. Etait-il anarchiste, calotin ?
Mes frères et sœurs redoutaient les colères paternelles. Le père MONTET avait la main leste. Et nous n’étions pas toujours sages, occasionnant souvent des dégâts sur les peintures encore fraîches. Mon Père ne parvenait pas toujours non plus à la maîtrise de ce qu’il voulait peindre. On avait faim à la maison MONTET et les parents se privaient. L’achat des tubes de peinture grevait le budget alimentation et déclanchait des empoignades homériques des parents.
Il m’est arrivé de regarder quelques fois peindre mon Père mais je retiens surtout ces moments passés dans son atelier de mécanique quand il créait des objets en ferronnerie .Sa forge, ses fers incandescents d’où giclaient des gerbes d’étincelles sous les lourds coups de marteau. Magie du fer prenant les formes données par son créateur : un lustre, un crucifix, un calice ………
J’appris aux environs de ma vingtième année qu’il avait été content de ma naissance. C’est à cette période que nous eûmes les premières vraies discussions. Elles portaient sur la religion. Il m’accusait de progressisme mais nous finissions par nous mettre d’accord.
Voila onze ans que je poursuis mon inventaire. Je suis heureux de l’avoir entamé 18 mois avant qu’il nous quitte et j’ai pu vivre ainsi avec mon Père une affectueuse complicité. Elle m’aura valu, quelques jours avant sa mort, de recevoir cette confidence en guise de testament : »je crois avoir fait de la bonne peinture »
C’est l’avis de tous ceux que j’ai rencontrés et qui m’ont dit leur estime et leur admiration pour l’Homme et l’Artiste qu’était Maurice MONTET. Il avait ses têtes, ses moments où il se montrait plus disponible, mais on lui pardonnait : C’était MONTET.
Stéphane, son petit-fils, s’emploie lui aussi, avec fierté, à découvrir la trace et le patrimoine artistiques laissés par ce grand-Père hors du commun.



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