Témoignage de Auguste SUCHEL, ancien voisin rue du Bois Semé à Thizy de la famille MONTET. Décembre 2006.
« Guite* » (* Diminutif de Marguerite) et moi, nous l’appelions « Maurice »… un privilège !! tant cet artiste peintre avait déjà de la notoriété ; Il va sans dire que nous entretenions d’excellents rapports de bon voisinage.
Doté d’un fameux caractère, il ne fallait pas chatouiller Maurice où ça le démangeait. ! « Guite » lui lance un jour : « Maurice, quel beau temps aujourd’hui, le ciel est merveilleusement pur, cela doit vous inspirer ! »
« N’insistez pas « Gitou », je n’aime que la pluie ! » Et comme il avait raison. La preuve : ses plus beaux chefs- d’œuvres : des paysages de pluie qui éclaboussent un arc-en-ciel de couleurs.
Proche voisin, souvent il nous conviait chez lui pour « téléviser » ou écouter quelques chanteurs célèbres. Il avait tout autour de lui quelques toiles favorites, des lettres d’UTRILLO, de JEAN PUY qui l’encourageaient, reconnaissant son incontestable talent. En sa compagnie et son entourage nous nous sentions bien. Marguerite, son épouse s’éclipsait discrètement à la cuisine s’absorber dans ses mots croisés.
Notre première petite toile : une carriole et son haridelle ; première facture à dominante de vert et de rouge. Nous lui réglons 50 FRS en 1956. Nous y tenons particulièrement, n’avait-il pas lui-même élaboré le cadre. Du Montet dans son jus !
Par amitié, lors de notre mariage, il nous offre un lavis d’une rue de Corse où vit son frère. Vers mon bureau elle est en pendant avec la « tronche » rougeaude de notre menuisier écologique : René DEBIESSE. Passant un jour, avec Maurice, devant sa devanture aussi crasseuse qu’hétéroclite, nous entrons.
« KIKI » il l’appelait ainsi. Je veux te faire ton portrait !! Petit grognement de l’intéressé. Bref, un litre de vin assura le transfert sur le carnet de croquis.
Sans me prétendre collectionneur, nous possédons quelques excellentes œuvres du Maître :
« Soir de Fête » empreint de tristesse, où le brouillard suspendu des feux de bangale annonce la fin de la fête ; chacun rentre chez soi.
« Défilé aux flambeaux » rue des Terreaux (peu importe) feu de Bengale vert à l’arrière, rose à l’avant, le tout se reflétant aux contours des fenêtres et chéneaux.
Notre « coup de cœur » avec un autre, minuscule petite merveille, le dessin à la plume de « cadet Cholet », pauvre hère, retrouvé par hasard en exergue d’un menu. En 1926 mon père avait écrit une revue thizerote « Ohé, Cadet ». Gros succès. Bien sûr notre cadet en était le point de mire. A en juger du cadet de la photo générale de la revue et de notre dessin, ce sont deux authentiques jumeaux. On ne peut faire mieux.
Au gré des années nous faisons acquisition de gouaches et huiles. Deux ont été offertes à nos enfants : effet de pluie dans les rues de Paris où la nuit devient un véritable festival, tant le floue des lignes se mêle à l’éclat des enseignes lumineuses et des lampadaires, autant de vibrations incandescentes dont Maurice a la maîtrise.
« Guite », dite « Guitou » a acquis une très belle gouache : un bouquet de pivoines aux pétales nacrés blancs et roses ; son coup de foudre. A la cuisine un bouquet tricolore, coquelicots, marguerites, bleuets.
Dois-je l’avouer, à l’indignation justifiée de mon épouse, j’ai troqué notre huile grand format : « la gare de Pantin » avec un quidam qui m’a refilé deux médiocres croûtes en échange. Effectivement ce tableau me fichait le cafard : ce train qui crachait une fumée opaque, les flaques d’eau trouble au sol, deux trois ouvriers partant à leur triste besogne. Ca n’était pas les lendemains qui chantent ! C’en était trop d’y retrouver pou moi la mélancolie solitaire dans les lugubres plaines de l’Aisne. Comme quoi parfois l’emprise de certaines de ses toiles parmi les plus prestigieuses s’avèrent insoutenables tant la misère et la désespérance y sont fortement présentes. Il faut l’avouer, un prodige tout de même ! C’est en cela que l’on reconnaît la veine d’un grand artiste, qui vous fait rentrer d’emblée dans son spleen intime………
Tu me disais, René, lors de notre entretien : » Maurice m’est aussi quotidiennement présent dans son Oeuvre certes, mais surtout dans son souvenir gratifiant »
En conclusion, je te renouvelle mon témoignage Arc-En-Ciel. A la libération Mai 1945, après l’éprouvante occupation allemande, nous en découvrions toutes les atrocités. L’on en prenait plein la gueule, désemparés, ne sachant à quelles valeurs se référer. Maurice a su concrétiser nos idéaux à la dérive, les personnaliser en animant avec René MERLIN cet arc-en-ciel tout accueil et créations artistiques. Chacun y combla ses aspirations insoupçonnées. Tout cela partagé dans un vrai bonheur, une authentique émulation. UN GRAND MERCI, MAURICE.



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