Site officiel du peintre Maurice MONTET. Pour découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de ce peintre français (1905-1997) originaire du Rhône, s'inscrivant dans la lignée du courant impressionniste.
Le musée d'Allard de Montbrison (42) présente une exposition de tableaux de Maurice Montet sur le thème du cirque, du 14 décembre 2019 au 5 janvier 2020. Une occasion rêvée pour contempler des tableaux de son oeuvre sur un thème qui lui était particulièrement cher.
Pour lui faire écho, le site Maurice Montet propose une exposition temporaire à travers une sélection de 59 oeuvres sur ce thème. Anne Escot, petite fille du peintre Maurice Montet, nous emmène avec lui à une représentation, à travers son texte "qu'est ce que c'est que Ce Cirque". Enfin, je vous présente 4 clichés nocturnes d'un cirque.
Bonne visite !
Bien cordialement,
Stéphane MONTET
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Exposition temporaire :
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Qu’est-ce que c’est que Ce Cirque !?
Des enfants accourent. Ils ont entendu le clairon inviter le village au spectacle.
Sur la grand place, caravanes et roulottes ont formé un cercle. Haubans et trapèzes délimitent la scène. Ils ont été montés rapidement avec des guirlandes lumineuses qui définissent l’espace. Un ou deux projecteurs blanchissent l’asphalte où la foule se resserre et se presse. Cette nuit, toute la ville est en fête, la nuit est cadeau.
Tandis que les étoiles s’éclairent une à une, un homme en veste de velours et boutons dorés, présente les numéros à venir. Dans un coin, des chevaux trépignent du sabot, impatients. On voit alors la foule compacte s’écarter pour laisser passer une jeune petite trapéziste en tutu et justaucorps blanc.
Sur le côté, un homme mince, au costume sombre et béret, la voit et se déplace. De son poste d’observation, il tire de sa poche un carnet et un crayon. Il regarde, semble photographier chaque mouvement, il dessine. Son crayon glisse très vite sur le papier, il esquisse. Les pages de son carnet se tournent au fur et à mesure des scènes retenues. La trapéziste vient de s’élancer. Chacun retient son souffle, les étoiles du cirque plein les yeux. Les enfants ont tous les yeux levés au ciel. Ciel bleu-outremer. La trapéziste s’envole, se rattrape, s’enroule, se délie, se laisse glisser. Parfois la musique vient ricocher en guirlandes de liesse sur les façades des maisons voisines. Aux fenêtres et aux balcons, des visages profitent du spectacle. Devant la foule médusée, une équilibriste enchaîne les sauts, sans filet de protection. Les spectateurs sont encouragés à applaudir ce numéro périlleux. Et puis le nom des clowns est scandé: OL-EG-et-GROCK !! OL-EG-et-GROCK !! Ils sont deux, le comique et le clown triste, celui qui fait la risée de tous. Ils déclenchent par leur arrivée explosive, les hurlements et le rire des enfants. Après l’adrénaline, place à la bonne humeur. Les situations sont grotesques mais pour une fois, on n’est pas le dindon de la farce. Les deux compères enchaînent les situations les plus cocasses et ce n’est que le final qui les réunit dans une complicité enfantine.
L’homme au complet noir fait crisser sa mine de graphite. Il ne détache presque pas la mine du papier. Ses yeux font des allers retours de la piste au papier. A quoi s ‘amuse-t-il? Que cherche-t-il ? Il est concentré, absorbé, presque absent dans la foule. Son regard mémorise tout, il doit tout prendre et tout retenir ! Toutes ces impressions furtives et si émouvantes . Il esquisse le clown triste avec son chapeau blanc et son teint blafard. L’autre avec le pif tout rouge, la bouche et les yeux agrandis, cerclés de blanc. Il fait des annotations de couleurs. Le clown blanc ne rit pas, il se prend les pieds avec l’échelle, renverse un pot, se cogne, fait une culbute avec son arrosoir percé et perd son pantalon…pour se retrouver assis dans un dossier de chaise ! La farce atteint son paroxysme.
ZAVATTA…
FRATELLINI…
GRÜSS…
L’homme au crayon les croquera souvent. On est dans l’après-guerre et ce dessinateur intrigue. Concentré, le cirque en plein air est un sujet tout trouvé. La piste est improvisée et la voie lactée bourrée d’étoiles sert de chapiteau. Une fois dans l’année, cette fête réchauffe les coeurs. C’est un rendez-vous attendu, simple et spontané où les comédiens viennent offrir gracieusement un moment de pure distraction. La soirée appelle à l’insouciance, la fantaisie et l’oubli des problèmes. Dans la nuit qui défie le temps, la vie se joue à huis clos, dans son petit cercle de bitume. Chacun a droit de se servir une part de rêve, de s’évader bouche bée au gré de l’évolution des trapézistes ou équilibristes. L’homme au béret marine range son carnet dans sa poche de veste. Il en ressort une pipe qu’il va bourrer patiemment et qu’il allume de plusieurs petites bouffées. Le spectacle a été un moment intense et chargé d’émotions. Il connaît tous ces gens rassemblés et eux le connaissent aussi : « il est peu causant, c’est un artiste ! » Dans la foule compacte qui le porte, il est bien. Ils ne font plus qu’un sous le faisceau blanc du projecteur. La nuit commence à se rafraîchir et les vestes se resserrent sur les épaules. Cette communion, cette ambiance précieuse et ces jeux de lumière plaisent au dessinateur. C’est beau, puissant et concentré. Tout est là pour que cet espace-temps soit consigné dans le carnet à spirales. Il voit déjà sa prochaine toile, inspiré par les couleurs et les lumières de la nuit. La fantaisie vient de s’installer dans le morne quotidien. La naïveté s’immisce dans le sérieux conformisme.
La poésie s’invite dans le train-train habituel.
Ça tombe sous le sens ! L’homme pensif ne se trompe pas en voulant immortaliser ces moments de bonheur. Moments de couleurs qui prennent toute leur intensité dans la nuit noire.
Il dessine pour pouvoir peindre. C’est encore lui qui peindra plus tard les fêtes foraines hypnotiques, qui offriraient elles aussi, leur part de rêve et d’évasions lumineuses.
Quelques lucioles et pipistrelles dansent dans le halo d’un projecteur.
Les applaudissements redoublent.
L’artiste a tout embarqué avec lui, il a tout pris ! Pour emporter dans ses toiles, ces gens du voyage qui osent. Il aime ces gens qui ont l’audace de vivre de leur passion, qui prennent la route comme on perd le Nord, pour offrir un spectacle, de ville en ville.
Le voyage, les trains, les bateaux, il connaît tout cela. Il sait les quais tout autant que les ports, les hommes harassés comme les filles esseulées.
L’homme qui dessine a une âme de saltimbanque. Rentré de voyage, il choisit de rester comme eux, fidèle à sa passion : PEINDRE !
Il veut passer sa vie à dire, retenir, montrer, témoigner et transmettre.
Je le regarde s’éloigner et rejoindre le directeur du cirque. Il le félicite et échangent tous deux une poignée de mains.
J’ai retrouvé plus tard ces roulottes tirées par des chevaux sur des toiles. Des hommes tressent des paniers, des femmes prient la vierge Noire et laissent jouer au-dehors des enfants nus, inondés de soleil. J’ai surtout reconnu dans le clown triste, le portrait grimé du dessinateur.
On lit sur ce visage les traits d’un homme qui ne peut pas rire de sa vie, qui ne peut se sentir libre ou pleinement heureux. L’artiste porte une sorte de tristesse, de douleur ou de mal-être… indicibles, incommensurables. Son regard et les tons de sa palette en témoignent.
Il exprime que la vie est belle et dure à la fois. Cette vie qu’il a délibérément choisie en devenant artiste peintre et en le restant.
Le spectacle et la fête sont partiellement enfermés dans son carnet, les scènes se succèdent sur les pages. Pas d’odeur de gaufres ou de Barbe à papa.C’est la fin de la guerre !
La tête baissée légèrement rentrée dans les épaules, les mains dans les poches, il s’éloigne dans la nuit. Ou qui sait, c’est la nuit qui l’attrape, plus noire que jamais ?
Mais dans sa tête, il organise des couleurs, il les invente.
Dans la rue du Bois Semé, il prépare déjà sa palette…
Il était mon grand-père.
Anne Escot - 10-2019
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