Site officiel du peintre Maurice MONTET. Pour découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de ce peintre français (1905-1997) originaire du Rhône, s'inscrivant dans la lignée du courant impressionniste.
A LA DECOUVERTE DE MAURICE MONTET SA VIE ET SON PARCOURS ARTISTIQUE - 1ère partie
Par Jean-Marie Montet, archiviste de l'association
Cette étude sur Maurice MONTET a pour but d’instruire les jeunes générations de notre Association afin qu’elles sachent en parler plus tard, ainsi qu’à toutes les personnes qui portent un intérêt particulier sur lui. Au risque parfois d’ entrer dans l’intimité familiale, il me semble nécessaire de le situer dans son contexte familial , et dans sa prime jeunesse qui m’apparaît déterminante de son mode de vie , et influente dans sa vocation artistique.
Maurice est né à ROANNE « quartier des Baraques » devenu le Faubourg MULSANT le 26 Mars 1905 et fut baptisé le 2 Avril 1905 à l’église Ste ANNE rue MULSANT , le jour de l’inauguration de la cloche principale. Maurice dira plus tard « on a baptisé deux cloches ce jour- là ».
Fils de Anna Charlotte BARRAS et de François Elie MONTET ,ses parents étaient de condition modeste mais d’une certaine fierté. Sa mère jeune fille, était employée de Mairie à VILLERS , chargée des écritures, plus tard à ROANNE mariée et perdant son poste initial, trouvera un emploi de tordeuse/noueuse dans l’industrie textile. Elle était très bonne cuisinière.
Son père, habile serrurier et ferronnier, bon dessinateur , aura plusieurs employeurs avant de tenir un commerce de cycles à RIORGES dans les années 1907/1908, et de ses occupations annexes, passionné de théâtre, très bon comédien amateur sollicité par des professionnels, animera la section théâtrale de la Paroisse Ste ANNE à ROANNE. Est-ce peut-être là l’origine héréditaire qui influencera artistiquement Maurice, mais le doute de son père à vivre d’une telle vocation, dissuadera son fils Maurice à tenter l’aventure en peinture.
Ses parents vinrent s’installer à THIZY en 1908. Son père sera employé comme mécanicien aux Ets DUPUIS- MERLE , sa mère comme tordeuse et bénéficieront d’un appartement sur place. Sa mère y rencontrera pour le même travail Madame DEPAY , la mère de sa future belle-fille. La mère de Maurice, Anna , est très fusionnelle à François Elie son mari ,comme une sainte dévotion, débordante d’attention et l’embrassant trop souvent au gout de Maurice un tantinet jaloux et frustré du manque d’affection avec sa mère, qui ne supportait guère les comportements bruyants des enfants, ni qu’on lui tienne tête. Dès quelques mois après la naissance de Maurice, il fut placé avec son frère Edgard en nourrice chez les DEMICHEL à VILLERS, de 1905 à 1911. Les DEMICHEL étaient de braves gens, qui exploitaient une modeste ferme, équipée également d’un métier à tisser la soie. Les parents d’Edgard et Maurice ne venaient que trop rarement voir leurs enfants, et les visites étaient de courte durée. De leur visite tant espérée, Maurice se trouvait souvent déçu par le manque d’affection de ses parents à son égard et souffrait de cette frustration , son frère semblait y être moins sensible, se considérant comme mal-aimé voire comme le souffre-douleur de sa mère , parce que plus vulnérable peut-être, malgré l’amour qu’il lui portait. Mais est-ce que son imagination ne prenait-elle pas l’ascendant sur le réel ? Maurice avait 11 mois d’écart avec son frère Edgard. Plus tard Maurice dira « mes parents n’auraient pas pu m’appeler Désiré » et son frère le surnommait « l’avorton ». Sa mère avait-elle mal vécu ces deux grossesses rapprochées, et inconsciemment ne reportait-elle pas sur Maurice, cette conséquence.
. Les ressentiments exacerbés de Maurice, par son hypersensibilité ne laissaient-ils pas filtrer dans l’hérédité paternelle, les symptômes d’ un tempérament d’écorché vif, en pleine incubation d’une influence artistique, maladie incurable selon lui, qui l’amènera au dessin et à la peinture, moyen d’expression par excellence pour définir son mal -être .
Maurice et son frère Edgard vouvoyaient les DEMICHEL et en gardèrent l’habitude chez leurs propres parents qui appréciaient ce genre de distinction. Edgard ne semblait pas préoccupé par cette pratique, mais Maurice , cela le rendait distant de ses parents. Seule leur sœur Camille tutoiera son père et sa mère.
Edgard et Maurice quittèrent les parents nourriciers, à 7 et 6 ans. Maurice sera scolarisé à l’école ST Joseph à THIZY chez les Frères en 1911. Il n’aime pas trop l’école , n’est pas motivé. Il y rencontrera son meilleur copain, René MERLIN qui deviendra plus tard son beau-frère. Ils disputeront la dernière place. MERLIN était souvent dissipé , pendant que Maurice dessinait. Naissance de la sœur cadette de Maurice ,Camille, en 1913 qui sera mise aussi en nourrice chez les BADOLLE membres de la famille.
Maurice fut réprimandé pendant un cours de dessin à l’école , il faisait le portrait de son maître, qui lui confisqua son dessin, le trouvant assez ressemblant, lui fit signer, et l’envoya à son frère qui était sur le front à la guerre. Maurice avait entre 9 et 12 ans.
L’épreuve du certificat d’études approchait, les Frères renonçaient à le présenter estimant qu’il n’avait pas le niveau, il décida d’aller à l’école Publique pour tenter de le passer, ce qu’il fit avec réussite et avec mention assez-bien le 26/06/1918.
A 14 ans, Maurice part travailler à RIORGES dans une usine de machines textiles. Il logeait chez des amis de ses parents. Il y travailla que quelques mois, les ouvriers faisaient grève pour les heures supplémentaires non payées, et à la reprise du travail, s’est trouvé sur la touche. Il retourna à THIZY. De Novembre 1920 au 20/5/1921, il ira à l’Ecole Pratique de Commerce de l’industrie à ROANNE pour apprendre son métier de serrurier/ferronnier( comme son père) en stages de cours professionnels obligatoires. Il s’y fera remarquer par son assiduité , son travail et sa bonne conduite. Jusqu’en 1923, il fera plusieurs places en ateliers d’usines entre THIZY et ROANNE, avec en salaire, l’angoisse du lendemain, période très troublée par les grèves qui se succédaient à cette époque.
Ses parents étaient devenus plus proches de lui, et notamment son père ,suivait ses faits et gestes, sur ce qu’il convient d’appeler , son apprentissage. Mais guérir de son enfance, est parfois difficile. Ses conflits infantiles subsistaient, se sentant un peu exclu dans sa propre famille où se portait l’intérêt plutôt sur les autres, et marqua son envie peut-être de dire son ressentiment.
La frustration affective avec sa mère, au regard de l’attention qu’elle porte à ses frères et sœurs, l’éloigne, et dans sa solitude l’invite au détachement, au départ, au voyage, une forme de fuite, envers et contre tous.
En 1923, il émigre à ROSENDAEL ( banlieue DUNKERQUOISE ), peut-être pour fuir et laisser derrière lui ses infortunes familiales, professionnelles, amoureuses, le refus de ses Parents à lui offrir l’école des Beaux Arts , son Père prétendait que l’on ne pouvait pas vivre de la peinture, que cela était un art et pas un métier. A ROSENDAEL , il fut embauché aux Ets LEFORT & Cie, traitant essentiellement du matériel maritime. Chaines, hélices de bateaux, ancres, produits réclamant une bonne technique dans sa spécialité. Il a 17 ans, et regrette déjà cet exil. Il est nostalgique de THIZY, de ses parents, ne mange pas à sa faim, il est très mal logé à DUNKERQUE chez le père LAFOSSE, dans une chambre miteuse dont les vitres de la fenêtre sont remplacées par des cartons.
Ce traitement punitif, lui donne de la maturité, , toujours pénétré d’une certaine rancœur, il tente d’ échapper au quotidien en se promenant sur les quais du port, passe devant les Messageries Maritimes qui deviendront sa planche de salut, pour enfin tirer un trait sur son passé d’adolescent, semblant résolument être ignoré des siens, mais avec la volonté de s’affirmer, et de vouloir grandir.
Maurice s’engage dans la Marine marchande en Novembre 1923 sur un cargo mixte « l’Andromède » en tant que mécanicien graisseur, à destination de l’OCEANIE . Il était tiraillé entre deux sentiments , partir pour oublier et l’angoisse de l’engagement vers une destinée inconnue. Il dira même « si j’avais été retenu, je ne serais pas parti ».
Ce périple l’emmènera aux petites ANTILLES par GIBRALTAR , la GUADELOUPE , la MARTINIQUE, PANAMA, la NOUVELLE-ZELANDE, TAHITI, NOUVELLE - CALEDONIE, et l’ AUSTRALIE, retour par TAHITI, PANAMA et MARSEILLE. Ce voyage dura cinq mois, émaillé de nombreux souvenirs anecdotiques ( en CALEDONIE, ce canaque en pleine forêt, le visage peint, ancien combattant de la guerre 14/18, qui lui demande du tabac français, qui le conduit dans sa case et lui sort une carte de visite de sa marraine de guerre en France habitant à AMPLEPUIS , une dame GOUGEAT . Le traditionnel et chaleureux accueil des marins à TAHITI , ou il était de bon goût d’honorer leur accueil , en partageant la couche des filles aux couronnes de fleurs ou coquillages.
Il laisse l’ANDROMEDE à MARSEILLE, avec la hâte de retrouver ses Parents, il est de retour sur THIZY le 13/4/1924.Il a 19 ans.
Il reprendra les pinceaux , mais restera peu de temps à terre, fera un bref passage aux Ets BILLET à BOURG DE THIZY entre Avril et Juin 1924 en tant que serrurier/ferronnier, il y fera la connaissance de Henri DUMAS le futur beau -père d’Eliane , sa fille ainée.
A son retour d’OCEANIE, sa mère maladroitement et de façon hâtive lui demande « quand repars-tu ? Est-ce que sa mère pensait« combien de temps restes- tu » ? Mais dans la tête de Maurice, lui revenait en mémoire cette carence affective avec sa mère, et à nouveau déçu, il s’engage ce coup-ci dans la Marine de guerre « La ROYALE » en Juin 1924 sur le sous-marin « REGNAULT », à TOULON .
Il restera sous-marinier dans « LA ROYALE » jusqu’en 1927. Au cours d’un exercice de plongée rapide, le sous-marin restera piqué par 60 mètres de fond pendant une heure durant, dans la baie de PORQUEROLLES. Respirant l’odeur des acides de batteries. Il sera hospitalisé à l’hôpital ST ANNE à TOULON des suites d’une grosse intoxication et d’ une crise de rhumatismes infectieux.IL finira son engagement , et retournera à THIZY à sa démobilisation le 29 juin 1927. Se mariera avec Marguerite DEPAY le 10 Mars 1928. Marguerite et Maurice viendront habiter une maison au quartier CHABOUD de THIZY tout proche du lieu de travail de Maurice employé aux Etablissements BERTHAUD – PERRIN , ou il travaillera de 1928 à 1945. Naissance d’Eliane l’ainée des enfants en 1929, puis Jeanine en 1931, René en 1934,( l’année du décès d’Anna la mère de Maurice, le 10/1/1934), Alain naîtra en 1936, Jean en 1940, Marie Thérèse en 1942 (décèdera 17 jours après sa naissance) , décès du père de Maurice le 1/5/1944,et naissance d’Anne-Marie en 1946.
Maurice sera employé au Centre de Formation Professionnelle de « La Vallée » à AMPLEPUIS en tant que Professeur Technique adjoint d’ajustage du 1/5/1945 au 31/10/1946. Début ou courant 1947 dans l’attente d’une Association avec Robert PERCHE ,création d’un atelier de Mécanique générale, ajustage, et ferronnerie d’Art, quartier « DEAUVILLIERS » à THIZY( au-dessus de l’établi un écriteau « Bien faire son travail, c’est contenter les autres et se contenter soi-même » Maurice fera aussi des boutons décoratifs en cuivre , pour Monsieur BUFFIN du RONZY, représentant à son compte et détenant une collection de boutons des plus conséquente sur le marché mondial . R. PERCHE et M. MONTET décideront d’arrêter leur affaire en 1950, par manque de résultats.
A petit salaire, l’obligation impérieuse de trouver des subsides pour faire bouillir la marmite ,et s’approvisionner en fourniture, et c’est là que commence la galère du jeune couple en même temps que l’itinéraire artistique de Maurice, auquel contribuera largement Marguerite son épouse. Par nécessité, pendant cette période difficile des restrictions d’avant et d’après guerre, Marguerite ,avec quelques tableaux sous le bras, ira sonner aux portes pour tenter de vendre une œuvre . Mais aussi par ses privations, son soutien, sa patience, son abnégation à cette vie dite d’artiste, dont l’humeur très nerveuse de Maurice qui fait front à son rêve le plus fou, peindre, en faire vivre sa famille, c’est- à- dire , croire à son art, et pouvoir le perpétuer.
A quatre ans , son premier cadeau de NOËL, un crayon bleu d’un côté, rouge de l’autre. Si nous trouvons des dessins de MONTET dès les âges de 9 , 13 , 18 ,20 ans, c’est en 1930 qu’il s’aventure pour la première fois à exposer deux petites toiles chez le miroitier et encadreur de THIZY Monsieur DEMATHIEUX , avec Pierre REYNAUD de ROANNE qui exposait 10 petites aquarelles encadrées à 200 F pièce. Sujet d’inquiétude pour MONTET, tant les besoins se font sentir à la maison. Ces deux huiles, une rue Porte- Jacquot ( à 20 F) et la Chapelle ST GEORGES du Château,( à 30 F ) trouvèrent acquéreurs en la personne du Médecin de la famille, le Docteur DE LAGENEST , l’autre par le Directeur de la Banque de France Monsieur ROME ( le Prix de ROME adjugé à MONTET) , ne fit qu’un tour dans THIZY.
Maurice MONTET dès 1931, adhèrera très vite à la Société des AMIS DES ARTS de ROANNE qui l’invitera à exposer dans ses Salons, ce qu’il fera jusqu’en 1995 de façon périodique. Il enchaînera ensuite avec le Salon REGAIN à LYON ou il exposera de 1945 à 1956, qui lui réservera une rétrospective en 1991. Le 1 er Mai 1944, c’est le décès de son père..En Juin 1948, MONTET exposera également à LYON au Salon des Artistes de l’Enseignement. En Avril 1950,il expose à « l’ART et la PAIX » exposition internationale, à la Chapelle du Lycée AMPERE. Fin 1950, l’entreprise MONTET-PERCHE par manque de résultats cesse son activité.
Mais l’aventure parisienne de MONTET commence aux Salons des INDEPENDANTS de 1937 et 1938 sur la recommandation de son ami Jean THEO artiste Montmartrois.En 1944, il fait la connaissance d’Armand LANOUX, écrivain et peintre à cette époque, qui va le convaincre d’exposer aux Salons des Artistes et écrivains du peuple. En 1946, Galerie PELLETAN- HELLEU ( Bd ST GERMAIN ) En 1946, Salon des JEUX FLORAUX POPULAIRES .En 1947, il expose quelques œuvres dans une bonneterie Rue st Placide à PARIS . En 1947 Avec la STE DES ARTISTES ET ECRIVAINS DU PEUPLE. En 1948, Salon des INDEPENDANTS au Musée Pédagogique .En 1949,Salon POPULISTE ( BD MONTPARNASSE) à la Coupole ). En 1950, Expo Club du Cirque (AV de l’OPERA). En 1951, Galerie Pierre PARA( Place de la Madeleine).En 1951, galerie Monique DE GROOTE . En 1952, SALON POPULISTE. En 1953, Galerie André WEIL. En Décembre 1953, SALON VIOLET (Palais des Expositions) En 1954, Salon de l’ART LIBRE ( Palais des Beaux Art). En 1954,SALON VIOLET ( présidé par le Ministre de l’Education Nationale ) ; En 1955, Galerie Monique DE GROOTE . En 1955, SALON VIOLET . En Janvier 1956, Galerie Marcel BERNHEIM ( Rue de la BOETIE) suite à l’émission « LE REVE DE VOTRE VIE sur Radio Luxembourg , et Radio Monte-Carlo )Très grand succès, exposition qui attira « LE TOUT PARIS » .En Novembre 1956, Galerie Marcel BERNHEIM. En Décembre 1956, Galerie Marcel BERNHEIM. En 1957, KERMESSE AUX ETOILES . En Décembre 1957, Galerie Marcel BERNHEIM .En 1959,salon de l’ART LIBRE .En 1959, Galerie ROYALE (Sélection d’un tableau de MONTET par le jury du Grand Prix d’Hiver sur 30 œuvres présélectionnées ). En 1961, Salon BOURGUIGNON à PARIS . En 1961 Musée GALLIERA « Peintres témoins de leur temps ». En 1964, Galerie BALZAC ( FG ST HONORE ). Toutes ces expositions représentent la consécration parisienne de Maurice MONTET . En plus de ces expositions parisiennes, il sera en contrat de 1952 à 1957 avec l’éminent expert en tableaux André SCHOELLER qui sélectionnera deux de ses tableaux et les fera accrocher dans son bureau entre Maurice UTRILLO, et Auguste RENOIR. A ce sujet , MONTET dira « je suis en meilleure compagnie qu’eux ». De PARIS , il recevra deux lettres d’encouragement, de Maurice UTRILLO à son attention et à celle du Groupe ARC-EN-CIEL le 21 Décembre 1938, et d’Albert WILLMETZ le 17 Juillet 1951, de la Société des AUTEURS, COMPOSITEURS et EDITEURS de Musique, cousin germain des peintres Georges ROUAULT, et Henri le SIDANER.